Les Togolais sont majoritairement pour une sortie du franc CFA

Aude Doumassi 8 février 2019

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Le franc des colonies françaises d’Afrique, ou franc CFA, a été créé par la France en décembre 1945 et est devenu lors des indépendances de 1960 le franc de la Communauté Financière Africaine pour les pays de l’Union Monétaire Ouest Africaine (UMOA) et le franc de la Coopération Financière en Afrique Centrale pour les pays membres de l’Union Monétaire de l’Afrique Centrale (UMAC) (BCEAO, 2018; Petteng, 2016).

Comme un serpent de mer, le débat sur le maintien du franc CFA ressurgit périodiquement, soit lancé par une crise (la dévaluation du franc CFA en 1994), soit par les activistes et certains intellectuels africains, et même certains hommes politiques de premier rang tel que le Président Idriss Déby Itno du Tchad, qui appelle à se débarrasser du franc CFA (Dieng, 2015). Mais la particularité de la dernière résurgence de ce débat vient du fait qu’il a été lancé par les autorités italiennes, qui subissent de plein fouet les affres de la crise migratoire. Cela a permis pour la première fois de mettre en lumière ce sujet en Europe et a quasiment engendré une crise diplomatique entre la France et l’Italie, car des officiels du gouvernement italien accusaient la France d’appauvrir l’Afrique francophone, ce qui engendrerait l’immigration clandestine (Euronews, 2019; BBC, 2019; Licourt, 2019).

Les personnes qui s’attaquent ouvertement à cette question en subissent les conséquences. Ainsi, les anciens présidents togolais (Sylvanus Olympio), ivoirien (Laurent Gbagbo), et libyen (Moammar Gadhafi) en auraient fait les frais, deux se faisant assassiner et le troisième se retrouvant devant la Cour Pénale Internationale (Tété, 2017; Fofana, 2018; Attisso, 2017; Jocegaly, 2014). On peut également rappeler les déboires de l’activiste français d’origine béninoise Kemi Seba, expulsé du Sénégal en septembre 2017, ou encore ceux de l’ancien ministre togolais Kako Nubukpo, qui a été remercié de son poste de directeur de la Francophonie Economique et Numérique la même année (Ba, 2017; Jeune Afrique, 2017; De Filippis & Malagardis, 2017).

Les résultats de l’enquête la plus récente d’Afrobaromètre au Togo révèlent que deux Togolais sur trois (66%) pensent que le franc CFA profite plus à la France qu’aux pays membres de la zone franc comme le Togo et qu’il devrait être remplacé. Les Togolais les plus riches et les plus éduqués, les citadins, et les hommes sont les plus enclins à choisir une sortie du franc CFA. Plus les Togolais perçoivent que le pays va dans une mauvaise direction ou que la situation économique actuelle du pays ou encore que leurs propres conditions de vie soient mauvaises, plus ils sont pour que leur pays se retire du franc CFA.

Source image : bceao.int

Une majorité (54%) se déclare même « tout à fait » d’accord avec cette proposition. A contrario, moins d’un Togolais sur quatre (23%) quant à eux déclare que cette monnaie est un instrument de développement pour un pays comme le Togo et devrait être maintenu. Une majorité de Togolais pensent que le franc CFA sert plus à la France qu’à des pays comme le Togo et pour cela, il préconise son abandon. Ce choix est largement partagé par toutes les couches de la population et notamment les plus riches et les plus éduqués.

Au vu des débats sur le franc CFA qui agitent depuis plusieurs années l’espace public africain et de la volonté des citoyens de s’affranchir de cette monnaie, il s’avère plus qu’important que la volonté des états d’Afrique de l’Ouest d’aller vers une monnaie commune de la CEDEAO se concrétisent et permettent aux populations de fermer un pan de leur histoire.

Voir plus: http://www.afrobarometer.org/fr/publications/ad276-les-togolais-sont-majoritairement-pour-une-sortie-du-franc-cfa

Rédigé par Aude Doumassi