Les Togolais sont prêts à s’engager pour le contrôle citoyen suite à la décentralisation

CROP - TOGO 6 mars 2019

Après une pause de plusieurs décennies dans le processus de décentralisation, le Togo reste dans l’espace de la Communauté Economique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) le seul pays où la décentralisation n’est pas encore effective et où les autorités locales dont les maires sont encore nommées par l’exécutif. Cette situation perdure malgré un cadre juridique prévoyant la décentralisation. Au-delà du cadre juridique, la décentralisation au Togo a également été l’un des engagements pris à plusieurs reprises par la classe politique togolaise, notamment en 2004 devant l’Union Européenne (GIZ-Togo, 2016 ; CGDPC, 2017) et en 2006 lors de l’Accord Politique Global (CGDPC, 2017). Elle a connu récemment une accélération avec l’adoption du nouveau découpage du territoire en communes (loi N° 2017-008 du 29 juin 2017).

Contrôle citoyen de l’action des autorités locales

Presque la moitié (45%) des Togolais pensent que ce sont les électeurs en premier lieu qui doivent s’assurer que les conseillers municipaux/communaux font leur travail, bien loin devant les autres mécanismes institutionnels qui sont l’Assemblée Nationale/la collectivité locale (23%) et la Présidence/l’exécutif (18%). Six Togolais sur 10 (62%) déclarent qu’il est « quelque peu probable » ou « très probable » qu’ils participent aux réunions publiques organisées par leur commune pour comprendre comment les fonds des contribuables sont utilisés ou pour influencer les actions du conseil communal. Le niveau d’éducation ne semble jouer aucun rôle dans ce choix de participation. Enfin, les régions Maritime (70%), Centrale (69%), Kara (66%), et Savanes (64%) ont les populations avec la plus forte propension de participation aux réunions communales.

Satisfaction du découpage en communes

Le constat majeur qui découle des données collectées est que les Togolais ne sont pas informés sur le nouveau découpage en communes du territoire national, et parmi ceux qui sont informés, il y a autant de satisfaits que de non-satisfaits. Ainsi, d’un côté 43% des Togolais déclarent ne pas suffisamment en avoir entendu parler pour se prononcer dessus. De l’autre côté, 29% se déclarent non-satisfaits du découpage fait contre 28% qui sont satisfaits.

Absence de contacts avec les autorités locales

Les Togolais contactent très peu leurs autorités locales pour un problème ou pour discuter de leurs idées. Plus de neuf Togolais sur 10 déclarent n’avoir pas pris contact avec un dirigeant de parti politique (94%) ou un conseiller préfectoral/municipal (93%) au cours des 12 derniers mois précédant le sondage. Plus de deux-tiers affirment la même absence de contacts avec les chefs traditionnels (73%) et les leaders religieux (67%).

Actions communautaires

Au cours des 12 mois ayant précédés l’enquête, les Togolais ont mené peu d’actions communautaires pour exprimer un mécontentement quelconque avec le gouvernement, mais ils semblent rester ouverts à en mener. En effet, juste 7% des Togolais affirment avoir refusé de payer une redevance ou une taxe à l’état au cours des 12 derniers mois. De même, juste 11% disent qu’ils ont participé à une manifestation ou une marche de protestation. De plus, nous notons 20% de Togolais qui affirment s’être associé à d’autres pour demander l’intervention du gouvernement pendant les 12 derniers mois, 14% avoir contacter les médias, et 11% avoir contacter un officiel du gouvernement pour demander de l’aide ou se plaindre.

La faible confiance à deux institutions clés dans la décentralisation

La décentralisation est par excellence le rapprochement de la gestion des communautés d’elles-mêmes. Si ce processus de rapprochement peut se faire de différentes façons, l’une des plus utilisées est l’élection des responsables locaux. Mais, les élus locaux n’auront la légitimité de leurs administrés que si ces derniers ont confiance au processus électoral. La confiance à la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) divise profondément les Togolais. Ainsi 46% des Togolais déclarent ne « pas du tout » faire confiance à la CENI. A l’opposé, 34% des Togolais déclarent avoir « juste un peu » ou « partiellement » confiance en la CENI, et seulement 12% déclarent avoir « beaucoup » confiance en elle, soit au total également 46% de Togolais qui déclarent avoir au moins quelque peu confiance en l’institution en charge de l’organisation des élections.

Qu’est ce qui peut motiver le manque de contacts et la défiance aux institutions locales ?

Avoir des institutions décentralisées et mêmes légitimes pourraient ne pas suffire pour impulser l’efficacité d’action que sous-entend la décentralisation. En effet, après la mise en place de ces institutions, leur appropriation par les populations locales est un élément clé de son succès à régler les problèmes à la base. Cette appropriation passe par l’utilisation et la confiance en ces institutions. Pour l’heure de nombreux défis se dressent sur cette appropriation et ont pour nom la perception de corruption, le manque d’écoute des populations, et même la performance de ces institutions. Ainsi, les conseillers municipaux/communaux sont fortement perçus comme corrompus. En effet, 47% des Togolais trouvent que « tous » ou « la plupart » de ces conseillers sont corrompus. Ainsi, d’après 83% des populations, les conseillers municipaux/communaux sont impliqués d’une certaine façon dans les actes de corruption. Au-delà de la perception de corruption des conseillers municipaux/communaux, ces derniers sont également perçus comme ne faisant pas d’effort pour écouter ce que les populations ont à leur dire. Seuls 13% des Togolais trouvent que les conseillers municipaux/communaux font « souvent » ou « toujours » des efforts pour écouter ce que les populations ont à leur dire. Ce sentiment d’absence ou d’insuffisance d’écoute dépend très peu du milieu de résidence, du sexe, ou du niveau d’éducation. Les populations togolaises sont également mécontentes des performances de leurs autorités locales. Près de six Togolais sur 10 (58%) sont « en désaccord » ou « tout à fait en désaccord » avec la façon dont leurs conseillers préfectoraux/municipaux ont fait leur travail au cours des 12 derniers mois avant l’enquête, contre trois Togolais sur 10 (31%) qui sont « d’accord » ou « tout à fait d’accord ». Ces critiques des performances sont plus observées dans la région Maritime (70%), en zone urbaine (65%), et chez les hommes (61%). Les performances des préfets/maires sont également pointées du doigt par la majorité (53%) des Togolais. Ce sont les habitants des zones urbaines (62%), ceux de la région Maritime (62%), et les hommes (56%) qui sont les plus critiques sur les performances des préfets/maires.

Les Togolais montrent de très belles dispositions à s’engager dans le contrôle citoyen en cas de décentralisation, même si ces derniers s’engagent peu pour l’instant car dans le système politique actuel les autorités locales ne leur sont pas redevables. La prise en compte des aptitudes positives des Togolais en matière de contrôle citoyen par des mécanismes adéquats dans la décentralisation permettra de réellement les transformer en chiens de garde pour espérer une plus grande efficacité à la base et un meilleur développement local.

Voir plus: http://www.afrobarometer.org/fr/publications/ad215-les-togolais-sont-prets-sengager-pour-le-controle-citoyen-suite-la-d%C3%A9centralisation

Rédigé par CROP - TOGO