La lutte contre la corruption en Afrique : le verdict des populations

CROP - TOGO 25 août 2014

Le réseau Afrobaromètre vient de publier un rapport de synthèse sur 34 pays à propos de ce que pensent les populations quant à la manière dont leurs dirigeants se prennent vis-à-vis de la lutte contre la corruption.

L’impact négatif qu’a la corruption sur le bien-être des citoyens, sur les réformes politiques et économiques, ainsi que sur les investissements et la croissance économique n’est plus à démontrer. Ainsi, la lutte contre la corruption  constitue un véritable défi que les pays en développement, notamment les pays africains s’efforcent à relever. Les gouvernements des différents pays africains ont souvent même créé des commissions anti-corruption pour plus d’efficacité.

« Près d’une personne sur cinq (18%) ayant manqué au moins une fois de nourriture au cours de l’année  précédant l’enquête a payé un pot-de-vin à un fonctionnaire au cours de la même période pour bénéficier de soins médicaux »

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Le Nigéria et l’Égypte en tête de peloton, mais loin d’être seuls

La dernière enquête (celle du round 5) du réseau Afrobaromètre, conduite dans 34 pays africains entre octobre 2011 et juin 2013 montre que près de 3 citoyens sur 5 (56%)  pensent que leurs gouvernements luttent « plutôt mal » ou « très mal » contre la corruption, tandis que seulement 35% jugent au contraire qu’ils agissent « plutôt bien » ou « très bien ». Ces résultats montrent que  la majorité des citoyens notent et condamnent sévèrement leurs gouvernements en matière de lutte contre la corruption. Selon le classement africain, plus de la moitie des populations dans 21 pays sur 34 ont cette perception négative de la façon dont les gouvernements mènent la lutte anti-corruption.  Cette perception négative de la façon dont les dirigeants luttent contre la corruption prédomine au Nigéria (82%), en Egypte (82%) et au Zimbabwe (81%) tandis que les perceptions les moins négatives sont recueillies au Malawi (28%), au Lesotho (28%), et au Botswana (29%). De plus, les populations perçoivent une corruption généralisée dans les institutions étatiques. En effet, le pourcentage moyen des africains qui déclarent que  « la plupart » ou « tous » les membres de l’institution sont corrompus va d’un minimum de 24% pour les fonctionnaires de la présidence à un maximum de 43% pour les policiers.

Au niveau du vécu au quotidien, les pauvres en subissent le plus

Les données montrent que 16%  des citoyens africains ont eu à payer un ou plusieurs pots-de-vin, au cours de l’année précédant l’enquête, pour obtenir un document officiel ou un permis,  15% ont payé un pot de vin pour bénéficier de soins médicaux et 14% pour éviter un problème avec la police. [Je me rappelle quand j’étais petit, le nombre de pots-de-vin que mon papa payait pour pouvoir m’inscrire à chaque rentrée à l’école primaire; c’est un quotidien africain mais il n’est pas impossible de le combattre]. De plus, les personnes les plus pauvres sont les plus exposés à la corruption. En effet, près d’une personne sur cinq (18%) ayant manqué au moins une fois de nourriture au cours de l’année  précédant l’enquête a payé un pot-de-vin à un fonctionnaire au cours de la même période pour bénéficier de soins médicaux, contre seulement 12% de ceux qui n’ont pas connu ce problème de nourriture.

Corruption et démocratie : Une forte corrélation

Les résultats Afrobaromètre montrent que la corruption fragilise la démocratie. Des niveaux élevés de corruption sont positivement corrélés avec les démocraties dysfonctionnelles et les citoyens qui perçoivent un niveau plus élevé de corruption au sein de leurs gouvernements, ainsi que ceux qui y sont couramment confrontés, sont plus susceptibles de ne pas être satisfaits de la manière dont fonctionne la démocratie dans leur pays. Par exemple, seulement 36% des fonctionnaires qui perçoivent un niveau plus élevé de corruption au sein de la présidence sont satisfaits de la démocratie, contre 66% de ceux qui pensent que les fonctionnaires de la présidence ne sont pas corrompus.

Le  Togo pourrait faire beaucoup mieux

Comparée à la moyenne africaine et aux autres pays africains, la corruption au Togo est très prononcée. L’indice de perception de la corruption classe le Togo parmi les mauvais élèves : 31ème place sur 34. Cet indice prend en compte la corruption des fonctionnaires de la présidence, des membres du parlement, des officiels du gouvernement, des policiers et des juges et magistrats. De plus les Togolais pensent que leur gouvernement se prend plutôt mal dans la lutte contre la corruption, comparativement à l’ensemble des autres pays africains. En effet, tandis que 56 % des Africains pensent que leurs gouvernements se prennent mal dans la lutte contre la corruption, c’est 66 % des Togolais qui ont  cette opinion.

Le rapport complet est disponible sur le site d’Afrobaromètre (http://www.afrobarometer.org/) sous le titre de Policy Brief No. 4.

Atabanam Simbou est chercheur au CROP et a joué un rôle actif pour l’implémentation de la première édition de l’enquête Afrobaromètre au Togo.

Rédigé par CROP - TOGO